Politique Agricole Commune : l’avenir de la transition Agroécologique se joue maintenant

La Politique Agricole Commune (PAC) est toujours en phase de négociation au niveau européen, et la mauvaise copie initiale continue à être un peu plus affaiblie chaque semaine. La FNSEA organise aujourd’hui une manifestation avec plusieurs centaines de tracteurs à Strasbourg. Non contente d’avoir écrit la PAC, le syndicat se permet de mettre la pression pour monopoliser le débat avec des coups de com’ hypocrites.

Mais l’avenir de la PAC se joue aussi en France, dans les coulisses du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Ce dernier doit rédiger le Plan Stratégique National (PSN), soit la déclinaison de la PAC en France, et le soumettre à l’approbation de la Commission européenne d’ici cet été. Le contenu de ce PSN sera déterminant pour l’avenir de l’agriculture française :  si les bonnes orientations étaient prises, si les moyens d’une réelle transition agroécologique entre 2023 et 2030 étaient prévus dans notre PSN, il pourrait donner aux agriculteurs et aux agricultrices une véritable vision d’avenir. Ce n’est pas dans cette voie que le gouvernement s’est engagé : il a au contraire déjà cédé aux sirènes de la FNSEA qui a opéré dernièrement une pression indécente pour que rien ne change.

Dans sa dérive anti-écologique assumée depuis maintenant plusieurs mois, le ministre de l’Agriculture est ainsi en passe de transformer ce qui devait être le fer de lance de la transition écologique de la future PAC, le « schéma environnemental », en nouvelle supercherie. 

Ces schémas environnementaux devraient peser près de 1,7 milliard d’€ par an, payés par les citoyens. Les schémas ont été conçus pour rémunérer les services environnementaux prodigués par les formes vertueuses d’agriculture et sortir de la fuite en avant dans la spécialisation et l’industrialisation des exploitations agricoles. La version actuellement sur la table au ministère de l’Agriculture prévoit que toutes les fermes y soient éligibles, sans changer leurs pratiques, ce dont le ministre s’est d’ailleurs réjoui dans la presse. Les élevages hors-sols, nourris au maïs et au soja sud-américains produits par déforestation, la filière betterave aux néonicotinoïdes, ou encore le poulet standard en cage… seront estampillés « agroécologie », alors que l’agriculture paysanne et biologique ainsi que l’élevage extensif seront les parents pauvres du dispositif.

Le gouvernement français amplifie ainsi encore la perte de légitimité de cette politique européenne et fait le jeu de tous ceux qui pensent aujourd’hui que la Politique Agricole Commune doit être supprimée. C’est en effet en les altérant à ce point qu’on fait mourir les plus belles idées.

L’argent de nos impôts ne doit plus être utilisé à encourager des systèmes qui vont dans le mur, alors que les attentes citoyennes, la sauvegarde de la biodiversité et l’urgence climatique exigent des changements profonds et réels des modes de production et des régimes alimentaires.

Alain Coulombel et Eva Sas, porte-paroles
La Commission Agriculture et Ruralité d’EELV