Les réseaux sociaux laissent se propager de fausses informations sur le climat

Article paru dans Reporterre du 21 avril 2022

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Les réseaux sociaux ne font pas assez pour lutter contre la désinformation sur le climat. Telle est la conclusion d’un rapport d’une dizaine de pages publié jeudi 21 avril par l’association Avaaz et les branches étatsuniennes des Amis de la Terre et de Greenpeace.

Les trois associations ont noté les efforts faits par Facebook, Pinterest, Twitter, Tiktok et Youtube en fonction de vingt-sept critères. Elles ont notamment regardé si les plateformes travaillaient avec des experts pour identifier les fausses informations sur le climat, si elles avaient mis en place une politique claire pour réduire ces contenus, ou encore si elles suspendaient les comptes qui en propagent de manière régulière. Résultat : aucune d’entre elles n’a adopté de politiques suffisamment ambitieuses pour résoudre le problème. Selon les trois associations, Facebook, Pinterest, Twitter, Tiktok et Youtube feraient par ailleurs preuve d’un manque cruel de transparence, et « dissimuleraient » leurs données sur l’ampleur du phénomène.

Facebook, Tiktok et Twitter ont reçu les plus mauvais scores. Seulement 9, 7 et 5 points (sur un total de 27) leur ont été respectivement accordés, contre 14 pour Youtube et Pinterest. Les associations environnementales déplorent notamment le fait que l’algorithme de Twitter ne réduise pas la portée des fausses informations sur le climat, et n’empêche pas à ces dernières d’apparaître dans les contenus « recommandés » aux utilisateurs. Facebook, Twitter et Tiktok n’ont pas non plus mis au point de définition précise de ce qu’est la désinformation climatique. Une preuve, selon les auteurs de ce rapport, de leur laxisme à l’égard du climatoscepticisme.

« Un sabotage des efforts des scientifiques et des experts du climat »

Les réseaux sociaux sont aujourd’hui une source d’information pour des millions d’êtres humains. Selon un sondage Ifop pour Franceinfo de 2019, Internet et les réseaux sociaux seraient le deuxième moyen privilégié des Français pour s’informer (toutes catégories d’âge confondues), et le premier chez les 18-34 ans.

Les contenus climatosceptiques y occupent une place de choix. Un exemple parmi d’autres, relevé par Le Monde : la vidéo « L’urgence climatique est un leurre », du physicien François Gervais, a été visionnée plus de 687 000 fois depuis qu’elle a été publiée sur Youtube en décembre 2018. Une enquête de Mediapart datant de 2021 a montré que la désinformation climatique était omniprésente sur Facebook.

« Ils augmentent leur trafic en nous menant vers l’effondrement »

Le Guardian a quant à lui révélé qu’un quart des « tweets » sur le changement climatique étaient écrits par des robots propageant des messages climatosceptiques. Dans son rapport sur l’adaptation au changement climatique, publié en février dernier, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) écrivait que la « désinformation » avait « limité » et « retardé » l’action climatique internationale.

« Les réseaux sociaux – en particulier Facebook et Twitter – ont permis aux propagandistes modernes de saboter les efforts des scientifiques et des experts du climat, dénonce dans un communiqué Charlie Cray, de Greenpeace États-Unis. Leur attitude passive et impénétrable face à la désinformation climatique leur a permis d’augmenter leur trafic en nous menant vers un effondrement planétaire. Cela doit cesser. » Constat partagé par Julia Masters, des Amis de la Terre. Ce rapport, dit-elle, devrait faire l’effet « d’un coup de semonce ».