Grande consultation de la CEA pour la sortie du Grand-Est : est-ce vraiment la priorité du moment ?

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Nous avons appris ce mardi 21 décembre le lancement d’une grande consultation sur la sortie de l’Alsace de la région Grand-Est. Nous n’ignorons pas le désir d’Alsace et gardons en travers de la gorge la refonte technocratique du périmètre des Régions en 2015 à travers la loi NOTRE. En tant qu’écologistes et régionalistes, nous sommes attachés au principe de subsidiarité, à un déploiement des politiques publiques en proximité et nous plaidons depuis longtemps pour un nouvel acte de décentralisation. Europe Écologie – Les Verts Alsace s’était par ailleurs prononcé pour le OUI à l’occasion du référendum de 2013 sur le conseil unique d’Alsace, échelle pertinente et historique de l’action publique.

Pour autant, cette annonce fracassante du Président Bierry laisse un goût amer. Sur la forme tout d’abord avec une consultation orientée (ce qui n’étonne guère) car il est possible de voter à plusieurs reprises en changeant d’identité, ce qui fausse totalement le résultat et la portée de celui-ci. Surtout, prétendre reproduire le modèle « des votations suisses » est abusif. L’initiative de la CEA est verticale, elle n’émane pas des Alsaciennes et des Alsaciens. En Suisse, les habitants ont la possibilité de porter une initiative populaire au vote. Nos voisins helvétiques pratiquent la démocratie directe sur des sujets parfois cruciaux et à enjeux ; tout l’inverse de la CEA, assemblée des « premiers », élus au scrutin majoritaire, qui n’a pas jugé bon de consulter la population alsacienne avant de proposer d’accueillir un nouveau réacteur nucléaire sur son sol. Assemblée dont la majorité se défausse sur la question de la taxe poids-lourds, sujet qui devrait faire l’objet d’une concertation fine et d’une anticipation responsable, en lien étroit avec la région Grand-Est. Pourquoi la CEA ne travaille-t-elle pas de manière volontariste à la mise en place rapide et concertée de la taxe poids-lourds pour améliorer la qualité de l’air et réduire les engorgements routiers ? L’exécutif départemental prétend en outre que le problème des familles à la rue n’est pas de son ressort alors que la compétence « famille et solidarités » lui revient au même titre que la lutte contre la pauvreté ; il préfère visiblement les vaines opérations de communication.

Le Président de la CEA confond vitesse et

précipitation.

Tout cela pour dire que sur le fond, le Président de la CEA confond vitesse et précipitation. Le contour institutionnel de l’Alsace ne peut de nouveau être chamboulé ces toutes prochaines années. Moins d’un an après la naissance de la collectivité européenne d’Alsace, à peine plus de 5 ans après la création officielle de la région Grand-Est, nous n’avons ni les moyens ni les ressources
humaines pour prendre dans l’immédiat un nouveau virage. Les agents des collectivités, pour beaucoup en souffrance, ne l’accepteraient d’ailleurs pas.
Pour nous, écologistes alsaciens, l’horizon raisonnable pour une remise en cause des périmètres administratifs actuels se situe en 2030, à l’issue d’une phase de travail et de consultations sérieuses engagées dès 2028 à l’occasion du prochain mandat régional.

En attendant il importe surtout d’assumer pleinement les compétences nouvelles dévolues à la CEA et d’exercer sans rechigner ni sermonner son rôle de chef de file en matière d’action sociale. Car il reste tant à faire pour corriger les inégalités toujours plus béantes entre alsaciens. En détournant l’attention des problèmes les plus graves (pauvreté, pollution, crise sanitaire…), Monsieur Bierry laisse l’impression de vouloir provoquer une fois de plus son homologue Président de la région Grand-Est. C’est aussi cela qui est grotesque.

La seule question qui mérite d’être posée est la suivante : « Monsieur Bierry compte-t-il vraiment améliorer les conditions d’existence et préserver le cadre de vie des Alsaciennes et des Alsaciens ? »

Les co-porte-paroles d’EELV Alsace

Aurélie KOSMAN, conseillère municipale déléguée de Strasbourg et conseillère eurométropolitaine

Loïc MINERY, vice-président de M2a et conseiller municipal de Mulhouse

Les élu.e.s à la CEA

Ludivine QUINTALLET, conseillère d’Alsace

Damien FREMONT, conseiller d’Alsace